PARTIR – Le Havre – 4 Janvier 2020

Plage de galets, ville industrielle, à deux heures de Paris en train. J’ai regardé les billets : 21 euros aller-retour, avec la carte jeune. Pourquoi n’ai-je pas regardé les possibilités d’y aller avant ? Erreur rectifiée ! Aller 8h40, retour à 19h02, le 4 janvier. En sortant de la gare, j’ai marché dans la ville. Je voulais rejoindre la mer au plus vite, j’étais venue pour ça, surtout.

J’ai découvert cette place centrale, si particulière. Son hôtel de ville, toutes ces constructions d’après-guerre, toutes carrées. Du béton partout, mais plein de charme. Des sculptures modernes, qui tranchent avec le paysage autour. J’ai marché le long de la rue de Paris, puis je suis arrivée sur le quai de Southampton, et j’ai vu l’entrée du port. Un petit bout de mer, un peu sale, les vagues cassées par les portes du port, l’eau calme. Trop calme pour moi. Des pêcheurs en train d’écouter Jean-Jacques Goldman, Envole-moi.

J’ai marché le long des digues, jusqu’à la plage de galets, très longue et profonde. Il faut marcher longtemps sur les galets, sans se tordre la cheville de préférence, pour atteindre la mer. Et là, surprise ! Une petite bande de sable au bord de la mer. De l’écume en quantité, une plage très plate aussi, et presque enclavée, un peu enfoncée par rapport aux terres. Une fois au bord de l’eau, on entraperçoit seulement les toits des bâtiments, des immeubles et des églises, mais on n’entend absolument pas la ville. C’est une toute autre ambiance. Cette grosse sculpture moderne sur la plage aussi, déposée là, comme sortie de nulle part : de la pierre et des contours bruts, nets, qui cassent la longueur de la plage. Je respire à pleins poumons, l’odeur des embruns, le sel dans l’air : c’est tout ce dont j’avais besoin en quittant Paris pour cette journée.

Je souris en regardant les chiens qui courent au bord de l’eau, leurs pattes dans le sable, l’eau salée dans leurs poils. Je ne sais pas comment écrire cet article en vérité, je ne sais pas comment retranscrire les émotions ressenties. Les vagues qui mettent si longtemps à arriver, à s’étaler sur le sable pour venir lécher le bout de mes bottines. J’aime jouer avec ses vagues, et ça ne loupe pas : je me fais avoir, l’eau rentre dans une de mes chaussures, je ne me suis pas reculée à temps. J’adore voir l’écume se déposer sur la plage.

Il y a plusieurs sportifs en train de faire du paddle ou surtout du kitesurf. On les voit au loin, ou sur la plage en train de ranger tout leur équipement. J’avais envie de me baigner, j’avais mon maillot de bain et ma serviette dans mon sac. J’hésitais, puis j’ai vu un homme se baigner. Ni une ni deux, je me suis changée. Si la température est bonne pour lui, alors pour moi aussi. C’est parti ! Je me change, puis je marche en direction de la mer, déterminée.

L’eau est froide, mais ça m’est égal, je sais qu’il ne faut pas se poser de question, et avancer, sinon jamais on n’entre dans ces vagues. J’avance, le froid me mord la peau, je m’en fous : j’adore ça. Je m’enfonce dans l’eau petit à petit, je me prends une vague dans la tête, puis une deuxième. Qu’est-ce que c’est bon ! Je suis seule au monde, dans mon élément : je plonge. Je nage, je fais quelques brasses. Les vagues sont grandes. Je reste quelques instants, je profite. Puis je ressors de l’eau, et la pire douleur n’est pas celle du froid mais celles de ces minuscules cailloux, mélangés avec des morceaux de coquillages tout petits mais pointus, entre le sable et mes affaires. A l’aller, je les ai à peine sentis, mais au retour, les pieds engourdis par le froid, ce sont autant d’aiguilles qui s’enfoncent dans ma voute plantaire. Le temps de me sécher et me rhabiller, le niveau de l’eau était monté, j’ai juste eu le temps d’enfiler mes chaussures, d’attraper mon sac et de partir. J’ai mangé une pizza et une gaufre au chocolat. Puis c’était reparti.

Je suis grimpée en haut de la falaise qui surplombe la ville, sur le cap de la Hève. Une vue sublime, la mer à perte de vue. Trois artistes en train de taguer un petit bâtiment abandonnée, et un bunker plus ou moins délabré au pied de la falaise, qui avait dû être bombardé pendant la guerre.

Ensuite, il a fallu redescendre, longer la plage en sens inverse, retraverser la ville puis reprendre le train et rentrer. Des images plein les yeux, des émotions plein le coeur, rechargé à bloc, et les poumons ressourcés. Y retourner ? Certainement, oui, bientôt.

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