3 livres, 3 mères, 3 auteures : pas de cliché

Trois nouvelles lectures, avec un point commun : le personnage principal est une mère. Mais pas la mère réduite à son rôle de mère, pas une maternité lisse et silencieuse, sage, rangée ou résignée.

Dans ces trois livres, écrits par trois femmes, la mère est une tumultueuse, la mère est parfois folle, la mère n’en fait qu’à sa tête. La mère aime, mais parfois ne sait plus comment. La mère est parfois débordée. Trois lectures résolument modernes. Fini, le silence sur la maternité. Finie, la maternité comme une case dans laquelle on range les femmes qui enfantent, sur une jolie étagère. Trois livres à lire, passionnément, à la folie.

Dans Love me tender, la narratrice est la mère, à la première personne, c’est un “je”, l’auteure elle-même : Constance Debré. Dans Fugitive parce que reine, l’auteure-narratrice est la fille, Violaine Huisman, qui raconte sa mère, Catherine Huisman, ou quel que soit son nom. Le dernier ouvrage, Personne n’a peur des gens qui sourient, est écrit à la troisième personne, est c’est une véritable aventure, un roman, une fiction totale, à la différence des deux premiers. Les trois sont réussis, les trois m’ont touchée, les trois sont brûlants de vérité.

  • Fugitive parce que reine, de Violaine Huisman
  • J’ai parlé de cette lecture, ou plutôt de cette écoute, sur mon compte instagram, dans une vidéo IGTV (voir ci-dessous). Le livre est organisé en trois parties, et évoque des périodes différentes de la vie du personnage principal, la mère, et de la narratrice et auteure, sa fille.

    Une mère excessive, une mère dure parfois, et une mère elle aussi marquée par des évènements durs survenus dans sa vie depuis sa propre enfance. Depuis toujours, bien avant la naissance des ses deux filles. Mais un amour inconditionnel, qui part dans tous les sens. Une mère libre. Un amour qui laisse des traces, certaines qu’on chérit, et d’autres qui piquent. Peut-être tout ça à la fois. C’est un livre sans concession, d’une sincérité fulgurante. Un livre qui parle d’amour envers et contre tout. Le lien d’une mère et sa fille, le lien de deux femmes fortes. Un lien parfois destructeur ou douloureux, mais beau, passionnel, et indispensable, inaltérable.

  • Personne n’a peur des gens qui sourient, de Véronique Ovaldé
  • Je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté, celui-ci aussi. Et celui-ci aussi, lu par l’auteure. Auteure que j’avais eu l’occasion de rencontrer une fois, à une séance de dédicace. C’était donc d’étranges retrouvailles avec cette voix et avec le style de Véronique Ovaldé, un peu plus d’un an plus tard, en l’écoutant à travers ce livre audio. Le premier livre que j’ai lu d’elle, Ce que je sais de Vera Candida, parle aussi de la figure de la mère, sur plusieurs générations. Je vous le conseille également d’ailleurs, et il reste mon préféré à ce jour, bien que j’aie adoré Personne n’a peur des gens qui sourient, dont je parle aujourd’hui.

    “On négocie parfois de bien étranges accords avec sa conscience.”

    Une fiction merveilleusement menée. Un jeu entre les temporalités maîtrisé avec brio. Presque un roman policier en fait. Une mère qui embarque ses filles pour les protéger, une mère qui a peur, elle. Une mère qui se cache. Une mère prête à tout. Une mère forte. Qui a peur de qui ? De qui doit on avoir peur ? Véronique Ovaldé introduit dans le récit le nom d’un nouveau personnage, puis le chapitre est terminé. On revient au présent. On repart dans le passé. On veut savoir, mais ce n’est plus l’heure. On saura plus tard, peut-être.

  • Love me tender, “moi je n’étais coupable de rien”
  • Love me tender est probablement mon préféré des trois. Le style est celui qui m’a le plus plu, vif et cru. Le propos est à mes yeux le plus moderne des trois livres, le plus révolutionnaire probablement. De ces trois livres, c’est celui dans lequel je me suis le plus reconnue. C’est aussi le seul des trois que j’ai lu en version papier, le seul que j’ai tenu entre mes mains, dont j’ai tourné et écorné les pages. J’ai trouvé ce livre beau, intelligent, criant de vérité et de liberté.

    “Ce qui m’intéresse dans l’homosexualité, ce n’est pas les filles que je baise, c’est la fille que je deviens.”

    Sans filtre, Love me tender dépeint à la première personne la trajectoire d’une femme avocate qui a quitté son mari et son travail pour vivre librement, entre diverses relations amoureuses lesbiennes, les piscines municipales, de studio en petite chambre prêtée, se détachant de la plupart des objets, dans un minimalisme résolument assumé et engagé.

    C’est l’histoire d’une mère refusant de n’être qu’une mère, accusée par son ex-mari d’inceste et ayant perdu la garde de son enfant. C’est un témoignage sur les rendez-vous rares avec son fils sous la surveillance des psys et des assistantes sociales. Sur les injonctions reçues du dehors. Sur aussi, le poids d’un nom. Je n’en dis pas plus, je vous en laisse. Avant Love me tender, Constance Debré a écrit Play Boy, que je n’ai pas encore lu. Mais bientôt, parce que je ne compte pas m’arrêter là.

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