DANSE – Maria Kochetkova, coup de coeur et déclic

Depuis toute petite, je suis fascinée par la danse classique. Une passion qui a pris une toute autre ampleur lorsque je suis tombée sur ce portrait vidéo de la danseuse Maria Kochetkova, alors que j’étais lycéenne. Un véritable déclic pour moi : non, il n’était pas trop tard pour commencer la danse ; non, je n’étais pas trop petite (je fais 1m56, et Maria Kochetkova fait 1m52). Oui, c’était une erreur d’attendre plus longtemps et de ne pas oser m’inscrire à un cours de danse classique.

Née le 7 mai 1984 à Moscou, Maria Kochetkova a fait ses débuts à l’académie du Bolchoï, puis elle a dansé au Royaume-Uni au Royal Ballet et à l’English National Ballet, à Londres, avant de s’envoler pour les Etats-Unis. Elle a alors été “principal dancer”, c’est-à-dire première danseuse, au ballet de San Francisco puis à l’ABT (American Ballet Theater) à Londres. L’accent de Maria Kochetkova lorsqu’elle s’exprime en anglais, que je trouve charmant, s’explique par cette trajectoire professionnelle et géographique. Elle a dansé durant des années les plus grands rôles du répertoire classique : Giselle, la Bayadère, Casse-Noisette, le Lac des cygnes, Cendrillon, la Belle au bois dormant, Coppélia, Manon, Don Quichotte…

Maria Kochetkova s’est aussi illustrée dans la danse contemporaine et dans des ballets plus modernes tels que Chroma de Wayne McGregor. Elle a également collaboré avec William Forsythe et Benjamin Millepied, chorégraphe et ancien directeur de la danse du ballet de l’Opéra de Paris, également ancien danseur étoile à l’ABT. En avril dernier, Closer, chorégraphié par Benjamin Millepied, a été filmée par Tom McKenzie, et publié sur Youtube. Pour ce pas de deux, Maria Kochetkova a retrouvé son partenaire récurrent, Sebastian Kloborg. Une création à la fois moderne et à fleur de peau, pleine de tendresse, tournée à Copenhague, en pleine crise du coronavirus.

Après des années à suivre un planning très chargé, à la fois comme danseuse à San Fransisco et New York, tout en étant invitée dans de nombreux ballets partout dans le monde, notamment à Tokyo, Roma ou Oslo, Maria Kochetkova est désormais danseuse indépendante. La principale raison de cette décision ? Un besoin de liberté, d’après les déclarations de la danseuse au Dance magazine, mais aussi un désir de se rapprocher de sa famille, à Moscou.

Maria Kochetkova, cette grande danseuse d’1m52, qui n’aurait probablement pas pu réaliser une telle carrière en France par exemple, où l’entrée à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris est conditionnée, entre autres, par des critères de taille et de poids très stricts dès l’enfance, l’objectif étant de réunir sur scène un corps de ballet harmonieux et unifié, où l’on ne remarque pas la différence, puisqu’il n’y en a pas. Un objectif de perfection et d’unicité qui ne correspond pas à l’état d’esprit, la liberté ou la créativité de Maria Kochetkova, véritable électron libre dans le domaine de la danse mais aussi de la mode.

Maria Kochetkova exprime sa personnalité pétillante à travers des tenues colorées, des imprimés originaux, et en portant des chaussures imposantes ou des grosses lunettes, qui contrastent avec la finesse de son corps de danseuse. Elle a même lancé sa propre marque de vêtements Koche-Kova, et vend sur son site internet des t-shirts blancs ou noirs sur lesquels sont inscrits des citations qui l’ont marquée. Les mots inspirants d’Emily Dickinson, Pouckine ou encore Kharms, sont écrits sur l’avant du t-shirt dans l’écriture de la danseuse elle-même.

“Je suis petite, je fais 1m52. La plupart des gens ne le remarquent pas quand je suis sur scène, et quand ils me voient de plus près, ils ne me reconnaissent pas,” déclarait Maria Kochetkova dans la vidéo Youtube qui m’a tant inspiré, en 2011. “Il y a beaucoup de danseuses qui m’écrivent pour me dire ‘suis-je trop petite ? suis-je trop grande ?’… Le ballet n’est pas l’industrie de la mode. Tout le monde peut danser. Ce qui compte, c’est comment on s’exprime à travers la danse, et d’utiliser ce que l’on a avec intelligence. Rien d’autre n’est important.” Une véritable leçon de persévérance : “Il ne s’agit pas tellement du talent, mais cela [la réussite dans la danse, ndlr] dépend plutôt d’à quel point on est déterminé, et de l’intelligence avec laquelle on travaille, avec laquelle on accepte les obstacles qui se présenteront sur notre chemin, car il y en aura beaucoup ; mais ils sont là pour nous rendre plus fort, et pas pour nous éloigner de ce que tu aimes.”

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